Cusco au mois de juin et l’Inti Raymi

Cusco situé à 3400 mètres d’altitude est une ville de 300 000 habitants, la capitale du tourisme au Pérou et le départ pour le Machu Pichu. 

Mais Cusco ou Cuzco (ou encore Qosqo signifiant nombril du monde en Quechua), fondée selon la légende, au XIème siècle par les deux premiers incas, fut la capitale de l’empire Inca jusqu’à l’arrivée des Espagnols (1534). 

Bien que le centre historique soit majoritairement de style colonial on retrouve par endroit des vestiges de la civilisation disparue. Que ce soit les quelques ruines du temple du soleil en plein coeur d’un couvent catholique ou les sites archéologiques autour de la ville (Sacsayhuaman, Q’enqo…), dans la proche « valle sagrada » (Pisac, Ollantaymbo, Moray, Chinchero…) et bien sûr, un peu plus éloigné, le Machu Pichu (l’une des sept nouvelles merveilles du monde).

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En plus des vestiges historiques, à Cusco plus que nulle part ailleurs, les traditions incas sont tenaces.

Notamment le mois de juin qui est ici synonyme de fêtes, danses, défilés et célébrations atteignants son point culminant de festivité le 24 juin pour l’Inti Raymi.

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Cathédrale et drapeau de Cusco

D’abord, durant la totalité du mois les drapeaux multicolores, emblêmes de la ville, sont partout sur les places publiques, dans les restaurants, en haut des balcons privés et dans la main ou les cheveux des touristes.

 

Puis du 10 au 22 juin place aux danses et aux défilés. Au début les écoles maternelles avec les minuscules gamins, déguisés des pieds à la tête, bougent leurs jambes en évitant de tomber. Chaque jour les représentants sont un peu plus vieux pour arriver jusqu’aux universités, aux clubs de danse et autres institutions de la région de Cusco. Les costumes à l’image des incas sont magnifiques, chaque groupe de danse est accompagné de son ensemble musical jouant les airs locaux (parfois vieux de plusieurs siècles) le plus souvent portés par les flûtes de pan.

Les célébrations commencent aux alentours de 10h et se terminent vers 13h. Elles parcourent une ou deux rues de la vieille ville pour finir en apothéose sur la plaza de armas où des commentateurs (de génies) les assistent : « Un fuerrrte aplauso del publico para esa representación milenarrrria de nuestra culturrra Inca, cultura hermosa, cultura cusqueña en nuestro cusco querrrido ! » [Un applaudissement du public pour cette représentation millénaiiiire de notre culture Innnca, culture magnifique, culture cusquénienne (de Cusco) dans notre très chère ville de Cusco !]

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La foule ! ©AlexisBOISSELET

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La foule ! ©AlexisBOISSELET

Le 23, c’est encore des défilés, des danses mais cette fois toute la journée. Ce sont les citoyens, les institutions publiques et privées, les entreprises, même les banques qui envahissent les rues du centre et la plaza de armas jusque tard dans la nuit. La bière et le pisco coulent à flot sur le pavé de la vieille ville dans une ambiance bon enfant et familiale.

Enfin le 24 Juin c’est l’Inti Raymi (célébration du soleil) marquant le solstice d’hiver dans l’hémisphère sud. A l’époque Inca c’est la plus grande fête de l’empire et le début de la nouvelle année. A l’origine sur la grande place, elle a lieu aujourd’hui dans la forteresse de Sacsayhuaman au Nord de la ville. Des milliers de personnes interviennent lors de cette cérémonie ou l’Inca (ici le chef) effectue une invocation au soleil avant de sacrifier un alpaga.

Ce jour là, notre dernier à Cusco, il y a tant de monde, nombreux sont déguisés, que nous ne viment rien de cette cérémonie…

Petites vidéos avec de meilleures images que les notres :

 

 

 

 

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Le volontariat, une manière de voyager

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Portes de l’Amazonie ©FranÇoisCHOLLET

         Le volontariat, donner de son temps pour aider dans une association, une institution, un hôtel, etc. Avec la satisfaction de vivre une expérience unique, bien souvent communautaire et à moindre frais. De plus en plus de voyageurs petite comme longue durée choisissent de faire un ou plusieurs volontariats au cours de leur trip car c’est pour beaucoup un moyen simple de découvrir une zone géographique au contact de personnes déjà usitées des lieux (locaux, autres voyageurs).

Le modèle le plus courant de volontariat amène le volontaire à travailler pendant 4 à 5 heures, 5j/7 et d’une semaine à 2 mois parfois, lui laissant la liberté d’organiser le reste de sa journée comme bon lui semble. C’est assurément ce type d’emploi du temps qui séduit la plupart des jeunes voyageurs (la quasi-totalité des volontaires que nous avons rencontré étant âgés de 18 à 33 ans). Le temps libre de la journée est utilisé pour partir à la découverte de la zone, à en apprendre plus sur les pratiques sociales locales ou encore à se prélasser sur un hamac en appréciant l’instant à sa manière.

Trouver son volontariat n’est pas bien difficile. Des sites les plus connus de woofing ou volontariat (attention, parfois payants) jusqu’aux forums et groupes facebook, la visibilité des offres est croissante grâce à internet. Mais la meilleur manière et la plus simple de chercher est encore de discuter avec les autres voyageurs rencontrés sur votre route, ils auront souvent un avis plus direct et plus humain à vous apporter donc n’hésitez jamais à partager vos expériences. Certains voyageurs très motivés vont aussi directement sur le terrain, toquant aux portes des hôtels ou des associations communautaires pour proposer leur aide moyennant un lit au moins. Et il faut le dire cette dernière méthode marche très bien et vous amènera beaucoup de bonnes surprises.

Le choix du lieu est important, n’allez pas vous enfermer en ville dans un hôtel certes fort sympathique alors que vous ne rêvez que d’aventures dans la jungle. Vous trouverez toujours volontariat à votre pied ; au bon endroit, de la bonne durée et parfois même avec les mêmes valeurs que vous. Sa pratique de plus en plus courante a fait se décupler les offres ces dernières années.

 

Une expérience:

          Nous avions dans l’optique déjà depuis un moment de passer une semaine de volontariat, histoire de calmer notre rythme effréné de voyageur en Colombie et de prendre le temps de nous poser un peu. Chez une amie à Bogota on nous parlait beaucoup d’une fondation dans le sud qui s’occupait de proposer des projets innovants pour une production agricole mieux contrôlée et mieux comprise. Cette fondation s’appelle Fundeyaco et se trouve au sud-ouest de la ville de Mocoa, « aux porte de l’Amazonie ». Il est important ici de mentionner qu’elle a vu le jour à la suite d’un sinistre meurtrier sur la zone de Mocoa et qu’elle a d’abord joué le rôle de soutien ouvrier, et financier auprès des habitants sinistrés avant d’entreprendre de nouveaux projets de permaculture.  Ce terme est vaste et touche aussi bien au mode de pensée son environnement social, économique et culturel qu’à géomorphologie de la terre à cultiver ou le choix des graines à planter. L’adaptation des projets de la fondation à la population locale est donc une obligation.  Tout nous plaisait : vie en communauté, rapport à la nature très fort, projets intéressants, localisation exceptionnelle, travail physique, etc. Nous nous mettions donc en route pour Mocoa afin d’y passer une semaine.

Notre accueil fut chaleureux et l’équipe était des plus sympas et des plus motivés. Elle était constituée d’un couple d’argentins en voyage depuis 2 ans, du chef de projet de la fondation (un jeune de 24 ans, autodidacte en permaculture et à la motivation sans limite) et de nous deux.

Chaque jour nous travaillions de 8h à midi. Le gros de notre travail était d’aider à l’établissement d’une zone cultivable capable dans le futur de s’autogérer et de produire en quantité suffisante pour atteindre l’autosuffisance alimentaire de la fondation dans un premier temps, puis de la zone-Mocoa quand ce prototype participatif aura amené assez de preuves aux populations locales pour qu’elles en viennent à le reproduire. Ce qui se traduisait par un travail de la terre, pioche, bêche et graines à la main, sous la direction intelligente du chef de projet toujours avec nous à travailler d’arrachepied. Mais nous avons aussi construit un banc, entretenu un potagé… Grace à ces temps de travail, notre conception de la permaculture a énormément évolué et est devenue une réelle source de questionnement.

Comme dans beaucoup de communautés proches de la nature nous mangions végétariens à la fondation. Nos temps libre étaient employés à la lecture, à la vie communautaire  aux baignades dans la rivière la plus proche, en somme à profiter de la chance qu’on avait de vivre cette douce dynamique.

À la fin de cette semaine nous avions acquis beaucoup de connaissances nouvelles mais surtout une expérience humaine totale et généreuse de laquelle nous ressortions grandis.

L’Amazonie

L’Amazonie : 

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La réserve de Pacaya-Samira. ©AlexisBOISSELET

    Nous sommes au Pérou depuis une semaine, l’Equateur et le Nord Péruvien sont déjà derrière nous. 

Enfin nous arrivons en Amazonie. Le dernier bus nous amène à Yurimagua, à partir d’ici il n’y a plus de route. Le trajet qui nous sépare de la réserve « Pacamaya-Samiria » se fera en Lancha. Le prochain départ est demain à 6.30AM.

 

Le guide est obligatoire alors on s’arrange pour en trouver un via l’une des quatre agences locales. Aprés négociations cela revient à 30 euros par personne et par jour. C’est pas énorme mais c’est déjà trop pour notre budget quotidien. Tant pis, cette fois on fait une entorse et décidons de passer trois jours en Amazonie.

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Rue de Lagunas. ©AlexisBOISSELET

    Il est 6h30, on monte dans la lancha. Le temps de se rendormir un coup ou d’observer le paysage et nous voilà arriver à Lagunas. Sur le quais on rencontre Mario, 27 ans, notre guide. Il est trop tard pour la réserve aujourd’hui alors on en profite pour visiter cette petite ville coupée du monde (mis à part un départ quotidien pour Yurimagua).

9h30 le lendemain, nous venons de finir le chargement du canoë et se laissant porter par le courant nous entrons dans la réserve.

 

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Jungle d’Amazonie. ©AlexisBOISSELET

Vert. Vert et dense.

Un inextricable enchevêtrement de toute sorte de végétation. Des arbres feuillus et des palmiers forment la canopé à laquelle s’accroche des plantes grimpantes, des parasites et des lianes. Il n’y a pas de terre visible, les troncs et les racines émergent directement de l’eau limoneuse. Il y a tous les verts possibles; du vert terne des vieux arbres centenaires au vert presque jaune des jeunes pousses. Il y a aussi quelques fleurs mais elles semblent rares et dispersées dans cette incroyable végétation.

Jungle d’Amazonie. ©AlexisBOISSELET

 

Nous voguons tranquillement portés par le courant, parfois Mario donne quelques coups de rames pour accélérer, parfois il nous arrête pour nous montrer une plante ou un animal.

 

Les nuages blancs, gris ou noirs se découpent sur le ciel bleu. Lorsqu’il n’y en a pas la chaleur est lourde et étouffante, rarement une légère brise parvient jusqu’à nous. Une fois un magnifique arc-en-ciel se forme, dominant de sa hauteur l’immense jungle en contrebas.

Arc-en-ciel sur la réserve. ©AlexisBOISSELET

 

Les deux nuits nous dormons et mangeons dans des cabanes de bois construites sur pilotis. Mario, bon cuisinier, prépare de bons repas presque toujours accompagnés de poissons fraîchement pêchés.

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Pêche du pirana. ©AlexisBOISSELET

Il n’y a pas tant d’insectes mais le soir venu et la lumière allumée les moustiquaires autour des lits ne sont pas de trop. L’un des soirs nous avons la chance d’aller faire un tour de nuit. Être sur une pirogue de nuit en plein coeur de l’Amazonie et éclairés par la lune et les étoiles nous offre un moment magique : la lumière de la lune sur la végétation, son reflet dans l’eau de l’Amazone.

 

 

    Les matins, à peine 8h passé, nous nous remettons en route à la découverte de l’immense forêt et à la recherche d’animaux.

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Envol d’un toucan. ©AlexisBOISSELET

Pendant ces trois jours nous en vîmes de toutes sortes : des familles de singes minuscules, les Pichicos (une quinzaine de cm) au groupe de Chorros par deux ou trois (singe de plus d’un mètre). Des paresseux accrochés aux hautes branches qui bougent à peine la tête à notre approche. Il y a aussi les poissons qui sautent autour de l’embarcation et les dauphins d’Amazonie gris ou rose qui soufflent comme les baleines. Et puis bien sûr il y a les oiseaux, grands rapaces ou charognards, minuscules colibris ; des gris, des blancs, des noirs mais aussi des verts, des jaunes, des rouges écarlates… qui s’envolent devant nous. Nos préférés sont sans conteste les perroquets. D’une trentaine de centimètres leur plumage est bleu et jaune au niveau du ventre. On les voit toujours par groupe d’au moins deux  mais parfois d’une douzaine. Tous s’envolent en même temps, on observe alors des volées de  flèches bleues et jaunes en forme de V accompagné de leurs craquements rauques.

    Les trois jours sont vite passés. Le dernier jour, trempés jusqu’aux os,  il a fallu remonter le courant devenu plus fort à cause des pluies diluviennes. Depuis Lagunas il nous faudra 5h de bateau et 31h de bus pour arriver à l’étape suivante : Huaraz à 3100 m d’altitude.

 

 

 

La péninsule de La Guajira : Chaud devant // L’ascension du Cocuy: A couper le souffle

La péninsule de La Guajira: Chaud devant !

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Chaud devant ! ©AlexisBOISSELET

Notre esprit est encore tout emerveillé par la multitude de poissons, de coraux et d’anémones que nous venons de voir lors de notre baptême de plongée et déjà nous retrouvons Guiberta et Granita dans le village de Taganga.

Guiberta est une amie aveyronnaise rencontrée deux ans plus tôt en Colombie et Granita est sa meilleure amie venue la rejoindre pour voyager.

On (re)fait connaissance autour de quelques bières et une discussion utopique sur le « Hameau de Demain ». A la fin de la soirée, nous décidons de partir Guiberta, Granita, Francois et moi à la découverte de La Guajira et pour plus d’aventure nous choississons de monter lentement vers le Nord en visitant les villages côtiers et un coin de la Sierra Nevada.

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Au Frais !  ©AlexisBOISSELET

D’abord les cascades de Bonda. On commence par quelques heures de marche puis l’heure du diner venue nous avalons un sandwich déjà en partie dévoré par les fourmies. A la nuit tombante nous allons nous laver dans l’eau fraiche de la rivière fumant une dernière cigarette en luttant contre le courant et admirant les étoiles au-dessus de nos têtes.

Après cette nuit en tente, on se remet en route pour atteindre les fameuses cascades. La baignade touchant à sa fin, on redescend rapidement de la Sierra Nevada, il faut dire qu’on crêve de faim. Lorsque nous arrivons à Dibulla, un village côtier au milieu de nul part, nous sommes accueillis par d’enormes enceintes crachant leur raggaeton et les habitants dansants et titubants entre deux gorgées d’Aguardiente (sorte de Pastis ou Ricard local).

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Réveil sur la plage. ©AlexisBOISSELET

Oui, c’est le lendemain d’élections régionales, c’est férié et ils en profitent. Nous passons notre seconde nuit à la belle étoile, entre deux cocotiers, bercés par le ressac marin et à peine dérangés par les puces des sables.

Le lendemain, à la suite d’un bout de trajet à moto, nous arrivons à Camarones, un autre village côtier bordé d’une magnifique lagune oú il n’y a rien à faire. Nous suivons les conseils des locaux, et après des pâtes à l’ail cuitent au feu de camps et indéniablement degueulasses nous installons notre camp sous l’une des palapas de la plage.

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A la recherche d’eau potable, toujours content.  ©AlexisBOISSELET

Au matin stupeur, un sac a disparu, volé à quelques cm de nos hamacs. En quelques minutes tout le village (furieux) est sur le coup et nous retrouvons le sac oú il ne manque rien d’autre qu’une paire de baskets et un paquet de cigarettes. Camarones était notre dernière étape avant le désert de La Guajira. On file à Riohacha où l’on fait provision de nourriture et d’eau (6L/pp) : Quatre blancs mal peignés et pas lavés en plein coeur du centre commercial ultramoderne cherchant des bidons d’eau potable. On reprend un bus pour la ville d’Uribia depuis laquelle on monte à l’arrière d’une jeep.

Ca y est, c’est parti pour deux heures de traversée chaotique dans le désert !

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Plaine désertique. ©AlexisBOISSELET

La Jeep serpente sur les pistes défoncées formant derrière elle un nuage de poussiéres éclairé par le soleil déjà bas. Les paysages sont fantastiques, les faibles reliefs sont accentués par la lumière déclinante, les roches deviennent orangées, des centaines de cactus crêvent la plaine désertique et le tout peut être agrémenté par un bon vieil album de Dylan dans les oreilles : dans ma tête j’ai environ 9 ans, un cheval, un colt et un chapeau.

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Ca s’abime sec ! ©AlexisBOISSELET

Le soleil couché, la température se raffraichit, le vent se met à souffler et la lune se lève découvrant l’incroyable spectacle de l’océan venant s’abimer contre le désert aride. Nous arrivons à Cabo de la Vela. On négocie un emplacement pour la tente et avons le droit à notre première « douche » depuis Taganga : Une cabine en plein air sans toit avec un sceau d’eau glacée et une louche pour se rincer. N’empêche que ca fait du bien de se coucher propre.

On petit-déjeune à l’hotel où on a pu laisser les sacs puis nous montons à motos (deux motos pour six, avec les conducteurs) pour se rendre au Pilón de Azucar. Le véhicule surchargé file sur les semblants de pistes. Le paysage est incroyable : Cabo de la Vela ressemble à une ville de farwest en plein désert, les cactus sont couverts de poussières et le soleil est déjà brulant. Le pilón de Azucar est un pic surplombant la mer et le désert. D’ici on voit l’eau bleu turquoise s’attaquer au grès déchiqueté de La Guajira. Au loin se distinguent les dunes de sables, des lacs de sel où l’eau a disparu depuis longtemps et de magnifiques criques encadrées de falaises.

    On mange un sandwich abrité du soleil par une palapa avant de visiter la Cueva del Diablo, une impressionnante grotte donnant directement sur la mer : une parfaite cachette de pirate. On passe le reste de l’après-midi à longer la côte avec d’un côté l’immensité de l’océan et de l’autre celle du désert.

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Capitaine Crochet? ©AlexisBOISSELET

Les criques somptueuses s’enchainent alors que nous avancons doucement sur le sol brûlant et lacérant nos tongs. Le bleu turquoise contraste avec l’ôcre du désert. Il n’y a personne à des kilomètres à la ronde. Le soleil baissant, une merveilleuse lumière nous entoure accentuant encore les formes acérées des roches érodées par la mer et ses embruns. Nous traversons à pied les oueds asséchés, les collines inhabitées, escaladant parfois les monticules de roches aiguisées. Pour finir la journée nous admirons le somptueux couché de soleil en séchant après s’être baigné dans l’une des criques.

Une Jeep accepte gratuitement (c’est pratique d’être avec des filles) de nous ramener au village. On se couche tôt, demain le départ est prévu à 5h.

    Le paysage défile par les fenêtres alors que le soleil n’est pas encore levé. Nous traversons les immenses plaines inhabitées pour nous rendre à la Punta Gallina, le point le plus au Nord de l’Amérique du Sud. La piste est parfois coupée par des barrages d’enfants réclamant de l’eau. On s’en veut de ne pas en avoir acheté plus. Le chauffeur force parfois les barrages ralentissant à peine. On traverse des zones désolées par la chaleur, le vent et la soif.

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Les barques. ©AlexisBOISSELET

Enfin, on arrive à un bras de mer que nous traversons en barque. Punta Gallina est un petit hameau où est construit une sorte de camps touristique, seul endroit où se loger. Le logement inclu un tour, d’une petite dizaine de touristes par jeep pour aller admirer une très belle lagune et aller se baigner à une plage bordée par une dune gigantesque. Bien que l’ambiance tour(istique) ne nous plaise pas, les paysages sont à couper le souffle.

 

    Déjà nous passons notre dernière nuit dans la péninsule de La Guajira Alta en se balancant mollement dans nos hamacs, demain nous enchainerons les transports pour retourner plus au Sud, dans la région de Santa Marta (Magdalena).

L’ascension du Cocuy: A couper le souffle !

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Ascension du Cocuy. ©AlexisBOISSELET

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El Cocuy pueblo. ©AlexisBOISSELET

Voilà, on est plus que tous les deux et enfin dans les montagnes, l’air est plus pure, les gens sont plus autentiques, les trajets sont plus longs. Dans cette région du Boyaca chaque village est un pas dans l’époque coloniale et El Cocuy ne fait pas exception. Rues pavées, architecture coloniale et panchos sur toutes les épaules contribuent à l’ambiance lente et pesante des villages « indigènes ».

On est là pour le parc national du Cocuy, un immense morceau de cordillère  accessible aux randonneurs.

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6h du mat’.©AlexisBOISSELET

Le guide est obligatoire et coûte cher, c’était pas prévu mais on reste motivé et on décide de programmer une marche de neuf heures pour le lendemain avec un couple de marcheurs.

    Le lendemain à 5h du matin, avec un gros manque de sommeil (surement l’unique condition pour que notre route veuille bien nous mener sur les plus beaux sentiers latins) on arrive en jeep au début du chemin.

    Altitude 3600m : C’est le point de départ.

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En U on vous dit ! ©AlexisBOISSELET

On entame notre ascension dans la nuit et la fraiche rosée du matin. Le temps passe, le soleil se lève derrière les montagnes mais aucun de ses rayons n’atteint encore la vallée dans laquelle on évolue en silence. Par déduction on devine les reliefs qui nous entourent. On est en pleine vallée glaciaire (en fome de U et non de V comme un canyon) et les montagnes environnantes nous surplombent. 3600m on connait pas mal mais plus on s’élève plus l’air se fait rare et ca se sent.

    4000m : Le chemin parcouru s’est fait sans encombre, on distingue clairement les alentours à la lueur matinale, arbustes et frailejones ont remplacé les arbres.

Ces plantes centenaires aux airs de palmiers attrofiés poussent d’un cm par an, aux dires du guide, et en avoir des milliers dans la vallée rend notre aventure plus irréelle que jamais. Plus on avance et plus ces plantes à tailles humaines se multiplient. Mon cerveau de moins en moins bien irrigué semble donner de l’importance à mes réflexions qui n’en avaient pas et s’attarder sur des idées aux allures mystiques.

    4300m : Le paysage change avec l’altitude et la roche reprend son premier rôle dans ce spectacle naturel grandiose. Mon esprit se soulage de laisser derrière nous les regards patients et stoïques des végétaux de la vallée.

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Massif ! ©AlexisBOISSELET

Les nuages jouent avec nos silhouettes. Le soleil est là, derrière eux mais seule sa lueur blanchâtre nous parvient. On tombe sur notre première lagune. Les nuages sont dépassés, le soleil se reflète maintenant dans l’eau pure devant nous et nous réchauffe.

L’ascension n’est pas finie, la crête sur laquelle nos pas nous mènent semble sans fin, nos esprits fonctionnent mal et le temps semble une notion fragile en comparaison de la difficulté que l’on a à respirer.

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Laguna grande. ©AlexisBOISSELET

    4700m : La Laguna Grande, magnifique serpent d’eau, s’étend de tout son bleu devant nous dans ce cirque montagneux entre autre formé de trois immenses et splendides glaciers. Le souffle nous manque. Le tableau peint devant nous semble se jouer de la réalité, à l’image des nuages qui narguent légèrement leurs énormes voisins de pierre.

    4800m : 4h30 se sont écoulés depuis l’initial 3600m d’altitude et nous voilà au pied d’un des trois glaciers. Les cartes l’indiquent plus grand, mais il semble avoir reculé de cinquante mètres ces trois dernières années. Le monstre encore splendide tend à disparaitre selon notre guide.

    On redescend à la lagune pour déjeuner devant mère nature dans l’une de ses plus belles apparitions. Mais le contrecoup se fait sentir, nos têtes sont sur le point d’exploser, la douleur est atroce et rien ne peut la calmer à cette hauteur. A croire qu’Icare n’est plus un myhte, que la beauté a son prix.

La descente se fait en silence et douleur avec la grimace des gens et la rougeur de leurs joues.

    3600m : On monte dans une camionette, assis dans la remorque entre les fruits et les légumes, on s’arrête dans tous les villages. Les gens viennent acheter les produits à l’arrivée de l’engin. (Quelques tomates fraîchement achetées calment peu a peu notre mal de tête). On finit par rentrer au village d’El Cocuy exténué, encore légèrement migraineux mais heureux.

 

Hitchhike a boat

    Il est impossible (ou presque) de rejoindre l’Amérique centrale et l’Amérique du sud par voie terrestre à cause de de « la zone tampon du Darien » : une forêt tropicale séparant le Panama de la Colombie. Du coup nous avons opté pour la solution plus lente et plus originale que l’avion, le bateau-stop !

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Marine de Linton Bay, ©AlexisBOISSELET

    On arrive enfin à Puerto Lindo après une semaine de glanage d’informations sur les côtes panaméennes. Ici on avait selon les dires, plus de chance de trouver un particulier en bateau qui accepte de nous emmener en Colombie pour pas grand chose.

Hotêl miteux, trop cher pour nous quand même, alors on négocie pour poser la tente sur la terrasse moyennant 5$ p/n. Les jours s’enchaînent ; on se rend dans les deux marinas du coin, « on boit des coups » dans les bars à capitaines, on se motive tant bien que mal l’un l’autre entre deux refus.

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Canon du fort de Portobelo,  ©AlexisBOISSELET

Mauvaise période, tout le monde part pour le Pacifique ou les îles. On rencontre à la même enseigne Vladimir, un sibérien-voyageur-musicien-philosophe, qui a la même volonté que nous d’atteindre la Colombie par l’eau.

Cinquième jour, un peu découragé, on prévoit nos dates pour prendre un billet d’avion. Dixième jour, on marche sur les docks en saluant une dernière fois les voiliers. Le soleil se couche, on est décu mais pas de regret on aura essayé. Un dernier tour, une dernière question à l’intention d’un catamaran arrivé dans la journée : « – Usted se van por Colombia?  » « – Si, porque? »

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Sur les docks,  ©AlexisBOISSELET

  Premier contact avec l’équipage du MarcoPolo. Depuis cette nuit, on nous a promis la Colombie. Notre bon karma nous a encore envoyé un signe. Le temps et la mer ne nous permettent pas encore de quitter la marina, alors tous les jours on se lève dans notre tente (le dos un peu raide) pour aller voir Raspoutine (propriétaire Kenyan-Russe-Etats-Uniens d’une soixantaine d’années du bateau) et Sergei (Capitaine Colombien de 30 ans, ex-marine). Tous les jours ils nous offrent à boire et à manger sur leur navire. De bonnes personnes, le coeur sur la main, voilà l’équipage du MarcoPolo ! Apéros sur apéros, rencontres sur rencontres, un peu de musique et du soleil. L’attente d’une fenêtre climatique plus clémente n’est pas si horrible.

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Bateaux ! ©AlexisBOISSELET

Parmi ces nouvelles connaissances, Jacques (un ami-capitaine de Raspoutine) nous donne l’oportunité de travailler pour lui sur son magnifique catamaran (un Lagoon de 50 pieds) et de se faire des petits sous. Nous y travaillerons trois jours. La journée commence à dix heures sous le soleil déjà haut. Torse-nu et transpirant, le premier jours nous nous appliquons à enlever la rouille du cata à la brosse à dent, bercés par le doux roulis d’un bateau à quais. La journée dehors, à récurer le métal, nous offre aussi la vue magnifique de la marina, des bateaux au mouillage, des îles alentours et la douleur de magnifiques coups de soleil dorsaux (lesquels tendent déjà vers le violet).

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Apéro, ©AlexisBOISSELET

Les jours suivants d’autres travaux nous attendent mais nous prendrons soins de garder notre T-shirt, même au fond des cales du moteur oú l’on devient contorsionniste pour nettoyer l’huile et le diesel. Vers 17 heures, le travail fini, nous rejoignons Raspoutine et Sergei sur le MarcoPolo pour profiter du soleil couchant une bière fraîche à la main.

    Finalement, après une fausse alerte due au changement de la météo, la date du grand départ meridionale est donnée : c’est pour le 24! Nous avons passé plus de 20 jours dans cette partie du pays à chercher un bateau puis à attendre les conditions favorables à la navigation. Soit au total plus d’un mois de recherche en comptant les semaines passées plus au nord.

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L’équipage du MarcoPolo,  ©AlexisBOISSELET

La veille du départ l’équipage est au complet : Florencia (une jeune italienne photographe), Vladimir, Sergei, Raspoutine et nous. On se rejoint tous pour régler les papiers vers 8 heures du matin. Cette dernière journée on s’attèle aux ultimes préparatifs : remplir les réservoirs de diesel et d’essence, amarrer tous les objets susceptibles de bouger etc. Le soir venu, s’organise un dernier apéro avec un jeune auvergnat et son pote catalan fou. Dans l’ambiance alcoolisée,  au son de l’accordéon et avec l’excitation du départ, nous buvons tous peut-être un peu trop. La soirée se termine tard, on l’allonge jusque 4 heures du matin à débattre avec Raspoutine.

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Navigation,  ©AlexisBOISSELET

    Le réveil à 6 heures du lendemain promet peu de repos. On émerge à 7h20, le bateau part dans dix minutes. On oublie vite le mal de tête en se précipitant sur le pont pour assister au départ. C’est parti pour le premier troncon de navigation jusqu’à l’archipel des San Blas !

Les deux premières heures nous sommes tout excités, nous aidons de notre mieux puis nous nous tenons sur l’avant du catamaran à contempler la côte qui disparaît, l’horizon infini, la mer déchainée (plus de 3 m de houle) et les rebonds du bateau. Malheureusement, le manque de sommeil et notre estomac vide nous rattrapent lorsque nous nous asseyons à l’arrière et qu’un violent mal de mer nous prend à la gorge. Finalement nous tenons bons et somnolons jusqu’au San Blas.

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Chichime, ©AlexisBOISSELET

Enfin, vers 17 heures, la houle se calme en vue des premières îles. C’est splendide, les îles de sable blanc plantées de cocotiers défilent devant nos yeux ébahis. Tout est si tranquille et beau, l’eau est turquoise sur les bancs de sable ou d’un vert foncé au-dessus des récifs. Encore quelques miles et nous jetons l’ancre en face de l’île de Chichime. Le soleil se couche d’un coté, de l’autre se lève la lune orangée et devant nous se déploient les quelques mâts des bateaux oscillants au premier plan et l’armée tranquille de cocotiers au loin. Demain nous partirons à la découverte de l’île et des kunas (le peuple qui y vit), mais ce soir, épuisés par la traversée, on se contente de la vue, d’un plongeon dans l’eau tiède des Caraibes, de pastas à l’italienne et d’une bière à la santé de l’équipage du MarcoPolo. Le soir venu je me couche sur le filet entre les flotteurs à l’avant et m’endors sur le dos en admirant la nuit, la lune et les étoiles tout en écoutant le clapotis de l’eau à quelques décimètres de moi.

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Jorge le mérou,  ©AlexisBOISSELET

    Les kunas, petit peuple des San Blas, un drapeau, une langue, une culture. On leur achète du pain, des produits de leurs pêches (langoustes et mérous), des bracelets de perles. Ils vivent sur leurs îles dans des cabanes en feuilles de palme et proposent un service hôtelier aux touristes parfois en surnombre. On est pas rester assez longtemps pour juger du tourisme.

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Chichime, ©AlexisBOISSELET

Le bateau est ancré à l’écart des autres, on est seul au monde. On vit au rythme du soleil et de la lune. On mange quand on veut, on plonge du bateau, on se détend entre les cocotiers sur le sable blanc. Y a pas de mot, on évolue dans un autre espace-temps.

    Les promenades en kayak ou l’entrée dans un monde nouveau. C’est simple, le leash détaché, les pagaies à la main nous montons tous les deux dans la frêle embarcation qui nous entraine par la force du courant et la tension des muscles. Dès lors s’opère la magie du calme et du silence rompu par le mouvement des rames et des gerbes d’eau qui nous rafraîchissent.

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Kayak ! ©AlexisBOISSELET

Nous avancons entre les voiliers, le long des plages vierges, au-dessus des récifs à quelques centimètres sous la surface. On a alors la chance de distinguer la nage des poissons, le mouvement languissant des algues et anémônes et l’immobilité des étoiles de mer que l’on peut caresser à la main. Nous nous approchons même à quelques mêtres d’une épave d’un gigantesque ferry échoué sur un banc de sable. Au retour, quand le ciel se teint d’orange et d’or commence le balais de la chasse. Nous laissant tranquillement dériver nous observons les bancs de centaines de poissons sautants parfois à l’approche d’un plus gros et les courses-poursuites parsemées de bonds et d’éclaboussures.

    Après nos quelques jours de repos sur les îles paradisiaques, c’est une traversée d’une trentaine d’heures qui nous attend pour rejoindre la belle Cartagena. C’est pour tous les deux notre première véritable expérience de navigation. Sergei le capitaine redevient un enfant passionné, infatigable et arborant un sourire plein de dents et d’étoiles dans les yeux. Alexis s’évertue à le suivre sur son terrain, essayant d’apprendre un maximum au maniement des cordages. Les voiles sont dépliées, la mer est bonne et le mal de mer est passé. Au-dessus de nous le soleil brûle nos épaules alors que l’on profite de l’horizon sans limite qui nous entoure. Les îles sont déjà loins, le soleil déjà bas. Une ligne de pêche rudimentaire faite d’un fil, d’un poids et d’un hamecon coloré est jetée à tout hasard à l’arrière du bateau.

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Occupation tranquille,  ©AlexisBOISSELET

Le navire a son rythme, les dauphins nous accompagnent parfois par dizaines en sautant et virant agilement de part et d’autre du voilier. Le soleil se couche, Sergei ne veut pas qu’on le remplace à la barre pour faire nos quarts, il aime trop ca pour nous en laisser un peu. Infatigable. Tout le monde se fait à l’inactivité et la lenteur de la vie à bord. Vladimir dort et médite, Florencia dort ou prend des photos, Alexis dort ou écoute de la musique et Raspoutine seconde Sergei qui ne prend pas de repos. Quand à moi j’écoute de la musique à l’arrière du bateau, vérifiant de temps en temps la ligne de pêche. Le soleil me fait face, les nuages légers jouent avec ses derniers rayons.

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Artiste, ©AlexisBOISSELET

Il fait bon vivre. Au loin les couleurs orangées percent encore la voûte céleste quand Alexis sent le fil de pêche se tendre dans sa main. L’alerte est générale, Sergei remonte rapidement la ligne en criant vers nous et vers l’horizon de grandes exclamations joyeuses: « TUNA! TUNA! ». Le maginfique poisson sort enfin, taillé comme un missile et encore luisant. Pas le temps de l’observé deux minutes dans la bassine qu’un autre cri retentit car la ligne s’est encore tendue. Un autre! Même opération.

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Tuna ! ©AlexisBOISSELET

Nous voilà avec deux thons énormes (bien 30-40cm de long) impossibles à vider et couper de nuit en navigant. On les garde pour plus tard en espérant en faire des sashimis.

    La lente course reprend, tout le monde va se coucher à part Sergei et Raspoutine. Un bruit me réveille dans la cale, je laisse mes somnolences et enjambe Alexis pour rejoindre le pont. La pleine lune emplit le ciel de sa douce clarté, on y voit comme en plein jour. Sergei et Raspoutine jouent avec les voiles et le vent.

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Face à la pleine lune,  ©AlexisBOISSELET

Je mets mon mince savoir acquis dans la journée à leur disposition. Les yeux lourds, les muscles encore tendus et chauds, je me jette sur tous les cordages et tire toutes les manivelles que Sergei m’indique. Il est minuit lorsque les voiles sont tendues correctement et que l’on peut s’asseoir un peu. On discute, fatigués mais souriants tous les trois. Je ne peux plus dormir, la mer est trop belle et le ciel trop clair pour que je décide de ne pas m’y abandonner en musique. Raspoutine somnole maintenant et Sergei me propose de prendre la barre pour lui permettre de se reposer un peu. Il est 2h du matin quand je m’assieds au poste du capitaine pour surveiller les chiffres et aiguilles du cadran, seul être éveillé sur le bateau, sous la lune pleine et les bourrasques tièdes de la nuit. Les dauphins font encore une superbe apparition, une vingtaine d’entre eux sautants à tour de rôle et de tout leur long. Ma réflexion s’est noyée dans la fatigue et seuls mes yeux apprécient les paysages qui s’offrent à moi. Cinq heures durant je reste seul devant les chiffres et la lune, de temps en temps surveillé d’un oeil par Raspoutine. La lune s’est couchée et je profite maintenant du lever du soleil. Vladimir et Sergei me rejoignent alors et m’envoient à mon repos. Je fais un mètre et m’endors sous les faibles rayons.

Je me lève, la faim ne se fait plus vraiment sentir, une boîte de thon par-ci par-là nous rappelle notre jeûne. Le reste du trajet se passe comme la veille, à aider comme on peut et à discuter de tout et de rien sur un fond musical tranquille.

   Confortablement installés près de la proue, nous discutons tranquillement tous les deux lorsque Francois s’écrie: »Mira, là-bas Cartagena! ». En effet se distinguant à peine à l’horizon, se découpe la forme des grattes-ciel du port de Carthagène des Indes.

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Cartagena ! ©AlexisBOISSELET

Quelques heures plus tard, alors que le soleil nous auréole déjà de sa lumière couchante et que le vent redouble de puissance (il atteint plus de 30 noeuds), nous entrons dans le canal naturel menant à la ville. La lumière solaire s’éteint alors que la lumière artificielle s’allume sur les immeubles et l’éclairage des rues. C’est un moment iréel. Le canal suit comme par enchantement le reflet de la lune sur l’eau agitée. Bouche-bée nous jetons finalement l’ancre dans le port de la fameuse ville coloniale tant convoîtée par les pirates et corsaires de l’époque. Ca y est, l’ancre au fond de l’eau, on décroche l’annexe et touchons la terre après 33h de navigation.

¡Colombia nous voilà!

 

Il était une fois sur l’île d’Ometepe

     L’île d’Ometepe est située sur le lac Nicaragua au… Nicaragua,

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Volcan Concepción au soleil couchant. ©AlexisBOISSELET.

 c’est une île volcanique constituée de deux stratovolcans (Le Maderas au Sud-Est et le Concepción au Nord-Ouest) reliés par une fine bande de terre. 

Cette fois nous sommes cinq, ma famille nous a rejoint pour les vacances de noël. Alors on file tous, ma mère, mon père, ma soeur, Francois et moi, dans la voiture de location tout terrain direction Ometepe !

Jour 1 :

Ce jour là les reveilles sonnèrent de bonne heure. « Le ferry part dans une heure ! ». Entassés dans la voiture, les bagages dans le coffre, on prend la route pour Rivas, une petite ville sans grand intérêt. D’ici les bateaux partent pour l’île. Après de longues minutes d’attente on est accepté à bord. On monte d’abord, la voiture suit, s’intercalant en marche arrière entre les voitures déjà montées. Tout le monde se cherche une place assise pour les deux heures de trajets et certains supportent mal la proximité des autres. C’est de cette manière qu’on fait la connaissance de Jean LeCon, Yves LeBéat et Paulette LaNiaise. Trois petits vieux sans sympathie qui n’autorisaient personne à s’asseoir à coté d’eux. Jean LeCon étant le chef de la bande, c’est avec lui que nous menions notre bataille de regards. La suite du trajet se passe à lire au soleil sur le toît du ferry. Au loin le volcan Concepción se découpe petit à petit, caractérisé pas son cratère invisible toujours dans les nuages. Si le ciel est bleu azur, le volcan lui, sera quand même coiffé d’un bonnet nuageux.

On accoste, il fait beau. En voiture pour notre hotel d’Altagracia, alors qu’on longe la côte Ouest de l’île, nos yeux ne lâchent pas le paysage à couper le souffle qui se déroule devant nous. Les champs et bananeraies parsemées de bombes volcaniques, nous escortent de parts et d’autres du chemin de terre. Le volcan si proche, si haut, nous surplombe tout du long. On s’arrête acheter de quoi cuisiner pour ce soir après avoir mangé deux pizzas caoutchoucs sur la place d’Altagracia. Une fois la voiture déchargée à l’hotel, notre petite troupe prend la route en vue d’une baignade bien méritée.

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Baignade bien méritée.          ©AlexisBOISSELET               

C’est déjà la fin de la journée, les jambes sont lourdes du voyage, le soleil se couche tranquillement quand on trouve notre plage au bout d’un chemin à bestiaux. Le sable gris de la plage minuscule entourée d’arbres accueille déjà une famille Nica. On s’installe dans un coin. Le lieu est sympa sans plus et assez étroit. Las d’attendre, je cours dans l’eau calme du lac. L’eau est bonne. Je plonge. Je nage au large comme un forcené, heureux de me dégourdir un peu. Je me retourne brusquement voir où en sont les autres. J’oublie ca. Devant moi se dressent les deux volcans de l’île, jusqu’alors invisibles à cause des arbres sur la rive. Les lueurs du soleil couchant éclairent les nuages qui les voilent partiellement. Il m’a rarement été donné l’occasion de voir pareil beauté au cours de ma vie, alors mon esprit se tait, mon sourire s’agrandit et je reste là, les pieds profonds dans le sable, de l’eau jusqu’au torse, béat. Toute la petite famille lit un peu, se baigne aussi. La nuit tombe de plus en plus et l’on s’en retourne à l’hôtel. Alexis et moi préparons le repas avec des légumes que la famille gérant l’hôtel nous a gentiment offert. Le fils, le petit Jose, neuf ans, responsable de l’épicerie attenante nous vend son fromage mieux que n’importe quel commercant croisé aux Amériques. Le repas englouti et après un petit peu de lecture, les yeux tombent et tout le monde part se coucher.

Jour 2 :

     Après quelques brioches trempées dans le café, nous partons pour la réserve de Charco Verde au Sud du volcan Concepcion.

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Le lac du Charco Verde. ©AlexisBOISSELET

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Avec tonton Ceiba.       ©AlexisBOISSELET   

La voiture garée et s’étant acquittés du droit d’entrée nous commencons la rando par le chemin de la Ceiba (arbre tropical et arbre national du Guatemala). D’abord un jardin planté de bananiers et de nombreuses orchidées puis passé une étendue d’eau stagnante nous entrons dans la jungle. La marche est facile, la végétation luxuriante, aux arbres grimpent des dizaines de parasites (orchidées et autres non identifiés). Les oiseaux s’envolent sur notre passage, dont certains noirs à reflet bleuté dont le cri est plein de modulations variées. Le chemin ne va pas jusqu’à la pointe alors on continue en hors piste, de loin on apercoit un singe.

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Parasite non-identifié et je ne parle pas de la main.  ©AlexisBOISSELET

On rattrape le chemin et profitant d’une très jolie vue sur le lac pour une petite pause et lire les légendes du Charco Verde (en pactisant avec un être maléfique vivant sous le lac on obtiendrait ce que l’on souhaite).

On visite la papillonneraie sur le chemin retour où l’on découvre des centaines de papillons virevoltants dans une végétation tropicale, dont les fameux morfos (papillon d’une dizaine de centimètres dont les ailes présentent tous les reflets de bleu possible en volant, mais posé il est d’un marron un peu terne).

Ensuite, on se dirige vers Santo Domingo, la plage touristique, mais avec le soleil se couchant ce 31 décembre il n’y a que nous cinq à l’horizon. On profite de la lumière déclinante pour se baigner, plonger dans les vagues. Puis la lune, totalement ronde ce soir, prend le relais dans le ciel sans nuage. La vue des volcans est splendide avec la lumière lunaire teintant le lac d’argent.

En rentrant à l’hôtel on achète une bouteille du fameux Flor de Cagna, rhum ambré nicaraguayen. Frais, il est délicieux, même maman en boit un peu, c’est dire!

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Halo lunaire (de 22°).  ©AlexisBOISSELET 

Alors coupé avec du coca ca passe tout seul, il faut bien fêter la nouvelle année. On reprend la voiture pour aller manger mais en chemin papa s’arrète, il a cru voir par le rétro quelque chose de bizarre dans le ciel. Alors on lève tous la tête et admirons rien de moins qu’un halo lunaire. La lune, pleine et magnifique, est entourée d’un cercle parfait rougeâtre sur les bords et de plus en plus bleu sur l’extérieur. Magique! [cela est dû à des cristaux de glace suspendus en l’air, entre 5 et 10km d’altitude, réfractants et réfléchissants la lumière, dans notre cas lunaire]

On pense s’arrêter dans un comedor avant de s’apercevoir qu’on est chez des gens en famille. On nous sert tout de même, tout le monde est adorable, on nous offre un verre de rhum et on a même droit à la musique sortant de la voiture.

Après les avoir chaleureusement remerciés pour leur accueil nous allons à la fête du village de Santo Domingo. Là, un concert des plus kitch et qui plus est en playback (bien qu’on ne soit pas unanimement d’accord sur ce dernier point) nous remplit les oreilles. On se fait tous les cinq inviter à la table d’un étrange bonhomme avec un air de baron de la drogue, des bagues à chaque doigt et un oeil de verre. Bien qu’un peu étrange il est sympa et cherche juste la compagnie, ma soeur va même jusqu’à danser avec (à contre coeur certes mais quand même). On reste quelques minutes après l’habituel décompte et rentrons tranquillement.

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Jean LeCon sur le McAdam.  ©AlexisBOISSELET

La route est jonchée de bonshommes de paille (remplis de pétards) en train de brûler. Ca fait une impression étrange, fantômatique et post révolutionnaire (surtout quand les pétards explosent). On se sert un dernier verre en se souhaitant une bonne année et allons nous coucher.

Jour 3 :

     Aujourd’hui on a en tête de monter sur le volcan Maderas. De bon matin et plein d’entrain on se lance dans l’ascension dans l’espoir de voler quelques portraits d’animaux du coin. On grimpe donc. Le chemin est facile, dégagé, il traverse les parcelles agricoles parsemées de roches volcaniques. Plus on avance plus la pente se raidit. Les champs laissent place à la forêt tropicale et son humidité. On s’arrète de temps à autre pour profiter de la vue imprenable sur le volcan Concepcion et l’île dans son ensemble.

Le cri des singes hurleurs se fait plus fort à mesure que l’on monte. On s’arrète manger un vieux bout de fromage suivit de son compère le vieux bout de pain.

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Singe hurleur.  ©AlexisBOISSELET

Le père et la soeur d’Alexis, qui nous suivaient jusqu’alors, redescendent quand on reprend l’ascension tous les deux. On ne monte pas bien plus faute de temps. Avant de redescendre un cri nous fait lever les yeux. Au dessus de nous une famille de singes petits et noirs nous observe, suivant le cours de leurs activités. Le mâle nous met tout de même en garde en nous criant dessus et hérissant les poils de son cou.

Sur le retour on se perd. Obligé de couper à travers jungle, forêt et champs on finit tant bien que mal à rejoindre la voiture en contre bas; le lieu de rendez vous avec la soeur et le père. Ceux ci n’y sont pas, ils arrivent trente minutes plus tard après s’être aussi perdus.

On repasse tous à l’hôtel chercher la mère d’Alexis pour aller voir le coucher du soleil sur la Punta Jesus Maria. Encore une fois on est pas décu du spectacle. Les lumières se reflètent sur l’eau calme du lac et les gens commencent à quitter les lieux, laissant l’endroit silencieux.

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Punta Jesus Maria. ©AlexisBOISSELET

S’ensuit un petit repas sympa et un petit verre de rhum, histoire de finir cette bouteille de bon alcool.

Grimpette nocturne sur les volcans & Chickenbus guatémaltèque

       

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Volcan de Fuego en éruption.  ©AlexisBOISSELET

     Les deux volcans, presque jumeaux, situés à quelques kilomètres de la magnifique ville coloniale d’Antigua culminent tout deux à plus de 3500m. Le volcan d’Acatenango atteint près de 4000m (3976m) ce qui en fait le troisième plus haut sommet d’Amérique centrale. Son jumeau, le volcan de Fuego, est légèrement plus petit (3763m) et est en constante éruption depuis 2002. Il font tous deux partie d’une chaîne volcanique nommée la Sierra Madre de Chiapas correspondant à la cordillère volcanique issue de la subduction de la plaque Coco sous la plaque Nord-Américaine.

Nous nous réveillons tard, émergeant d’une soirée un peu trop arrosée. On mange avec notre Couchsurfer un petit dèj au marché, faisons nos provisions, puis passons l’après-midi à nous remettre de la veille. Vers 17h, enfin, on se souvient qu’il serait bien de grimper sur l’Acatenango pour voir son jumeau en éruption de plus près (que nous avons vu la veille en se jurant d’y monter).

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Panorama depuis l’Acatenango.  ©AlexisBOISSELET

En plus il n’a pas l’air très haut, ça devrait être rapide. On prépare nos sacs: polaires, tentes, provisions et nous mettons en route. Le bus nous dépose devant un sentier, il fait déjà presque nuit lorsque nous entamons la montée. Au bout d’une heure nous sommes trempés de sueur, la pente est très raide et notre état nauséeux ne passe toujours pas. Dès que l’on s’arrête on est frigorifié, une petite pause où l’on mange une banane nous remet d’aplomb. La montée, depuis le premier quart d’heure, à la lampe frontale est vraiment éprouvante. Il fait froid, très froid, le sac est lourd, le chemin de cendres et de scories se dérobe sous chacun de nos pas. Heureusement on a Maps.me permettant de nous localiser et nous sommes deux, alors on continue de gravir le volcan, surtout au mental.

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Le Guatemala sous les nuages.  ©AlexisBOISSELET

Nous apercevons un panneau disant que nous montons le troisième sommet d’Amérique Centrale et nous ne pouvons nous empêcher de rire : il faut être sacrément inconscient pour le commencer à 19h, sans vêtement de rechange et un lendemain de cuite. Nos jambes lourdes montent encore, on est exténué, mais on continue de grimper pour trouver où planter notre tente. Enfin après quatre heures de pente raide, nous trouvons un endroit. Il est plat, à une centaine de mètres la forêt disparaît pour laisser place aux alentours lunaires et désertiques du cratère. Le froid nous glace les extrémités, heureusement nous sommes rodés, et en cinq minutes la tente est faite et un feu crépite. Nous faisons sécher nos vêtements, nous mangeons un repas sommaire et allons nous coucher.

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Nuage de cendre provenant du Volcan de Fuego. ©AlexisBOISSELET

On se lève en même temps que les premières lueurs, démontons le camps rapidement (il fait toujours aussi froid) et recommençons à grimper. Nous dépassons la bordure de la forêt et nous retrouvons en plein vent, le sommet se dresse devant nous. Malgré la pente à 45° doublée du sol cendreux et glissant sous nos pied, nous franchissons en trois quarts d’heure à peine cette dernière ligne droite. Ça y est nous y sommes, le soleil est à peine levé et c’est magnifique. Nous y passons une heure. On profite de la vue, des éruptions titanesques de son jumeau, le volcan de Fuego, à une centaine de mètres. On partage notre eau avec un couple de Français et admirons les villes, les collines et les champs si petits à nos pieds. C’est magique !

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Lueur matinale à 4000 mètres.  ©AlexisBOISSELET

Lorsque nous entamons la descente, nous sommes pleinement revigorés par cette incroyable pause à la vue imprenable. Nous parcourons la première partie à glisser sur la cendre -on croirait skier- et la seconde trottinant ou courant selon l’inclinaison. En une petite heure nous sommes en bas ! On attrape un bus, faisons nos au revoir au Couchsurfer d’Antigua et montons dans un shuttle direction Atitlan (un gigantesque lac volcanique dû à une caldeira).

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             A l’intérieur du cratère.           ©AlexisBOISSELET

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     Après consultation de blogs, connaissances et autres, le Guatemala semblait être beaucoup plus dangereux que le Mexique sur le plan des transports routiers. La difficulté résidait donc pour nous dans l’évaluation des risques de chacun de nos trajets. Les taxis étant trop coûteux pour nous, nous laissions cette option pour les cas désespérés.

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    A toute vitesse  !        ©AlexisBOISSELET 

Restait alors les deux modes de transports les plus prisés de la population: les bus collectifs (chickenbus ou autobus bon marché) ou les shuttles (sortes de minibus d’une douzaine de places). Ce premier rempli de locaux des classes pauvres et moyennes, le shuttle, lui, est rempli de touristes en vacances ou de voyageurs méfiants.

Voyageurs méfiants à temps plein mais sans le sous, nous options pour les bus collectifs en tout genre. Nous nous rendions très vite compte que ce mode de transport était de très loin le plus adapté à notre voyage de type économique. Laissez moi un peu vous parler de la vedette du transport en commun au Guatemala: il se nomme Chickenbus.

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       Gare routière.         ©AlexisBOISSELET

C’est un ancien bus scolaire Nord-américain jaune, retapé, tuné et devenu multicolor avec néons, enceintes, photos pornographiques à l’intérieur. D’une capacité maximale d’une quarantaine de passagers, les soixante autres sont donc « tétrixés » là où le délégué au rangement des poulets veut bien les pousser. Le périmètre intime est à briser de toute urgence si vous y montez. C’est donc suant, parfois impatients mais au final content de faire la même chose que la plupart des locaux, de partager un peu de leur galère quotidienne, que nous enchaînions parfois jusqu’à dix heures de Chickenbus par jour. Au final au dedans de la bête, chacun cherche un peu de « calme »; en discutant, dormant un peu, jouant notamment pour les enfants et les bébés innombrables.

 

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Concours de tuning.   ©AlexisBOISSELET

S’il devait y avoir un seul endroit à décrire pour parler au mieux du mélange entre les touristes/voyageurs que nous sommes et les populations traditionnelles locales, ce serait sans hésiter les Chickenbus. Plus que les marchés, il n’est pas meilleur lieux pour essayer de discuter avec ces gens souvent méfiants des blancs. La barrière intime franchie par nécessité, il est ensuite agréable d’échanger quelques mots avec son voisin de droite, puis ses voisines en robe traditionnelle de derrière, ou encore d’avoir un enfant endormi sur vos genoux.

 

Les fesses engourdies nous sortions en vitesse avant que nos sacs, attachés sur le toit, ne finissent jetés par terre ou pire embarqués pour la suite du voyage. Voilà, un moment quotidien guatémaltèque vécu par la quasi-totalité du pays. Sûrement pas très confort, mais c’est ça le voyage, et surtout le notre!

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                         Nickel Chrome !                       ©AlexisBOISSELET